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Alpes 2030, le logo Olympique qui pique !

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Le nouveau logo

Ce jeudi à Briançon, au cœur des Alpes du Sud, les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver Alpes 2030 ont dévoilé leur nouvel emblème. Conçu sous la direction de Mathieu Sakkas, directeur de la marque et de l’image du Cojop, le symbole retenu est celui que le président Edgar Grospiron a jugé le plus audacieux parmi plusieurs pistes. Là où les autres propositions représentaient la montagne de manière plus descriptive, l’emblème final fait le pari d’un certaine simplicité géométrique. Réduit à une forme triangulaire essentielle, il propose une lecture minimaliste du territoire alpin tout en ouvrant un second niveau de lecture.

À ce stade, on a une grosse goutte de sueur sur le front en comprenant que c’est Gropsiron qui choisit le logo…  Et l’ex-champion de poursuivre :  “Ce choix traduit une volonté claire : dépasser la simple représentation géographique pour construire un signe capable d’incarner à la fois les Jeux Olympiques et Paralympiques. Un emblème unique pour deux événements distincts, réunis par une même promesse : celle du dépassement de soi et de la quête d’excellence. Plus qu’une montagne, le symbole cherche ainsi à exprimer une trajectoire, une aspiration commune vers un sommet.

Le champion olympique 1992 des bosses souligne que “les polices de caractères créées par Mathieu (Sakkas) se distinguent des autres Jeux puisqu’elles sont très verticales comme les montagnes. Et puis il y a ce mélange de bleu azur et de rouge alpenglow* qui sont des couleurs des territoires », apprécie le Haut-Savoyard. Il salue la capacité de Sakkas à traduire sa vision de « Jeux pionniers, du partage et à sensations ». Et pointe aussi la « sensibilité artistique » du directeur de la marque.

*alpenglow : C’est est un phénomène optique qui colore les sommets montagneux de teintes roses, rouges, au couché du soleil.

Pourtant on ne peut s’empêcher d’avoir une autre lecture du dégradé rouge : Est-ce le réchauffement climatique ?

On notera l’astuce graphique imaginée pour décliner l’emblème des Jeux paralympiques : le signe est simplement inversé. Les deux versions s’imbriquent parfaitement, comme les deux faces d’une même construction. D’un point de vue systémique, l’idée est élégante. D’un point de vue symbolique, elle interroge, car les Jeux paralympiques ne sont pas le négatif des Jeux olympiques.

Là où Paris 2024 avait fait le choix radical d’un emblème unique pour les Jeux olympiques et paralympiques, Alpes 2030 opte pour deux signes distincts mais construits à partir d’une même matrice. Pourquoi scinder les deux ! Ça semble tellement archaïque en 2026.

Bravo aux créateurs du logo

Les créateurs du logo ne sont pas censés communiquer sur leur travail. Pourtant, certaines indiscrétions laissent entendre qu’il pourrait s’agir de l’agence Saint-Lazare. Une agence reconnue pour son élégance éditoriale, sa sophistication discrète et son goût pour l’intemporel. Un langage visuel qui fonctionne remarquablement bien pour une maison de parfum, une marque de luxe ou un hôtel de prestige à Megève.

La question est de savoir ce que ce registre raconte lorsqu’il est appliqué à un événement sportif profondément ancré dans les Alpes. Les Alpes doivent-elles devenir une marque premium ? Faut-il leur donner les codes du luxe parisien pour les rendre désirables ?

Quoi qu’il en soit, il n’est pas surprenant que ce logo dégage un certain esprit métropolitain. À le voir, on pourrait presque imaginer quelques épreuves organisées sur la pyramide du Louvre. Et nous n’en sommes finalement pas si loin : les organisateurs ont imaginé une pyramide géante place Bellecour, à Lyon.

Le look des jeux

On peut espérer que, pour ces Jeux, les erreurs commises à Paris ne se reproduiront pas. On se souvient d’un logo conçu par Royalties, puis d’une identité visuelle développée par l’agence W Conran dans un contexte marqué par les controverses entourant l’attribution des marchés par le COJO.

Aussi réussie soit-elle, l’identité visuelle des Jeux semblait totalement déconnectée du logo, au point que celui-ci paraissait relégué au second plan dans le système graphique. Une approche difficile à comprendre tant la cohérence est l’un des fondements du langage de marque : le logotype est normalement la pierre angulaire autour de laquelle s’articule l’ensemble de l’identité. Ici, il donnait davantage l’impression d’être un élément rapporté, apposé en marge du dispositif graphique plutôt qu’intégré à celui-ci.

Faute d’explication officielle, cette dissociation a pu laisser penser que le COJO avait pris ses distances avec un logo dont le choix avait suscité de nombreuses critiques, en confiant à W Conran la création d’un univers graphique capable de reprendre la main sur l’identité des Jeux. Qu’elle soit fondée ou non, cette impression traduisait surtout le manque de continuité entre le logo et le reste du système visuel.

Pour Alpes 2030, on espère que le logo et l’identité visuelle seront pensés de manière conjointe, au sein d’une démarche cohérente dès l’origine.

Voici ci dessous un petit aperçu de ce look, et de la typographie, qui fait un peu penser à une version sportive de la typographie “Peignot” de A.M. Cassandre conçue en 1937.

typographie J0

Un appel d’offres non rémunéré

Pour rappel, l’identité des Jeux a fait l’objet d’un appel d’offres non rémunéré. Les agences candidates étaient invitées à remettre une « esquisse ». Une formulation qui peut sembler anodine, mais qui, dans le domaine du design de marque, revient bien souvent à produire l’essentiel du travail créatif : concept, direction graphique, intention de signe, parfois même premières déclinaisons.

Difficile de ne pas s’interroger sur une pratique qui perdure encore en 2026, particulièrement lorsqu’elle émane d’institutions publiques ou parapubliques. Derrière l’idée de mise en concurrence se cache souvent un transfert du risque économique vers les créateurs, sommés d’investir du temps, des compétences et des ressources sans aucune garantie de rémunération.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que le design est régulièrement présenté comme un levier stratégique de différenciation et de rayonnement. On reconnaît volontiers sa valeur une fois le projet choisi, beaucoup moins lorsqu’il s’agit de rémunérer le travail de recherche qui permet précisément de faire émerger les meilleures idées. Dans un secteur qui revendique innovation, attractivité et excellence, cette forme de travail spéculatif apparaît de plus en plus difficile à justifier.

Entre Jean-Michel Jarre et Roger Excoffon

Sur le signe, difficile de ne pas penser à l’imaginaire visuel des années 1970-80. Les faisceaux lumineux, la répétition des lignes et cet effet de trame cinétique évoquent autant les shows de Jean-Michel Jarre que les génériques télévisés ou les identités institutionnelles de l’époque. Un registre graphique longtemps jugé daté mais qui connaît aujourd’hui un retour en grâce, et on observe le retour de signes plus cinétiques, jouant avec les effets optiques, la lumière, le mouvement et une certaine forme de spectaculaire.

Ces faisceaux  rappellent aussi les pictogrammes conçus par Roger Excoffon pour les Jeux de Grenoble 1968. À l’époque, le typographe et designer français rompt avec les représentations figuratives traditionnelles du sport. Ses pictogrammes sont construits à partir de lignes répétées, de trames et de décompositions du geste qui donnent l’impression d’une trajectoire en cours plutôt que d’une forme figée. Le skieur, le patineur ou le sauteur semblent émerger d’un flux graphique continu.

On retrouve quelque chose de cette écriture cinétique dans Alpes 2030, mais on est presque 60 ans après. Les lignes parallèles créent une vibration optique et suggèrent davantage une énergie qu’une montagne. Mais là où Excoffon mettait le mouvement humain au centre de son système graphique, le nouveau logo privilégie une abstraction plus institutionnelle. Le geste sportif disparaît au profit d’un signal géométrique. Reste une filiation visuelle évidente : celle d’un modernisme français qui utilise la répétition des lignes pour produire une sensation de vitesse, de rayonnement et de projection vers l’avenir.

On se souviendra des logos précédents. Chacun nous raconte un bout de son époque. On notera le logo de Vancouver, à contre-courant de la géométrisation croissante, avec un symbole culturel fort : l’Inukshuk, figure de pierre issue des traditions inuit. Le logo raconte un lieu, une histoire et des habitants. Il est sans doute l’un des plus ancrés territorialement de toute la série.

2014, rupture totale. Le logo devient un nom de domaine : sochi.ru. Nous n’avions pas été tendre avec ce logo dans notre chronique de l’époque : “Sochi, so cheap

Enfin, Alpes 2030, techniquement, le logo est contemporain, simple et performant. Symboliquement, il apparaît aussi comme le plus abstrait et désincarné de la série.

Célébrer la montagne, mais en accentuant ses fragilités ?

On sait que les JO d’hiver Alpes 2030 cristallisent un certain nombre de tensions. Si les organisateurs promettent un événement sobre, s’appuyant à 93 % sur des sites existants, associations et collectifs dénoncent un projet incompatible avec les réalités climatiques du massif. Entre nouvelles infrastructures, artificialisation des sols, neige de culture et pression sur la ressource en eau, les Jeux deviennent le symbole d’un paradoxe : célébrer la montagne tout en accentuant les fragilités qu’elle subit déjà.

Selon nous, une des limite du symbole réside dans son manque de sensibilité. Là où les Alpes évoquent spontanément des paysages et des écosystèmes fragiles ou encore des pratiques humaines ancrées dans le territoire, l’emblème choisit une voie radicalement abstraite.

Sa construction géométrique, composée de faisceaux lumineux, renvoie davantage à un imaginaire technologique qu’à celui de la montagne. On y perçoit une vision presque désincarnée du territoire, réduite à un signal graphique. En résulte une esthétique froide et calculée qui peine à transmettre la dimension sensible de la montagne.

Le graphisme n’est jamais neutre : il contribue à façonner les imaginaires collectifs et à rendre désirables certaines visions du monde plutôt que d’autres. En choisissant une esthétique abstraite, technologique et spectaculaire, l’identité d’Alpes 2030 prolonge une représentation de la montagne comme produit d’appel, comme décor premium destiné à rayonner (faire la fête?) à l’international. Une vision qui s’inscrit dans la continuité d’un imaginaire de la « startup nation » et de « pays du luxe » : performant, optimisé, attractif, mais largement déconnecté des réalités écologiques et sociales des territoires.

À l’heure où les Alpes sont en première ligne face au réchauffement climatique, on aurait pu attendre une autre narration. Une identité capable de raconter l’interdépendance entre les humains et leur environnement, la fragilité des écosystèmes, ou encore les nouvelles formes d’habitabilité de la montagne. Non pas une montagne-spectacle, réduite à un signal lumineux visible depuis le ciel, mais une montagne vécue, habitée, traversée de relations et de contraintes. Le débat dépasse alors largement la question esthétique : il interroge les récits que nous choisissons de projeter dans l’avenir et la capacité du design à accompagner, ou non, les transitions à venir.

PS: Et en matière d’imaginaire sensible et alpin, je vous invite à découvrir les photographies de Jérémie Rabiot sur son compte instagram “Les heures invisibles“.

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