Et si les algorithmes, censés nous simplifier la vie, étaient devenus des instruments de contrôle de plus en plus invisibles ?
Mercredi 25 février, le cycle « Contre-récit(s) » accueillait Hubert Guillaud, journaliste, essayiste et spécialiste des enjeux numériques, auteur de Les algorithmes contre la société (La Fabrique, 2025). Une rencontre pour questionner le pouvoir grandissant des systèmes algorithmiques sur nos vies et, surtout, notre capacité collective à en reprendre le contrôle.
De Parcoursup à la CAF, en passant par France Travail, les algorithmes organisent, classent et orientent désormais une grande partie de nos parcours. Derrière leur apparente neutralité se cachent des choix, des règles et des critères qui déterminent l’accès à des droits, à des aides ou à des opportunités. Des décisions automatisées dont nous comprenons rarement les mécanismes et que nous pouvons difficilement contester.
Cette standardisation numérique n’est pourtant pas sans conséquences. Hubert Guillaud évoque notamment le « Lumpen Scoretaria », pour désigner les populations les plus vulnérables, doublement pénalisées par les systèmes de notation algorithmique : déjà fragilisées par leur situation, elles peuvent l’être davantage par les outils censés les accompagner.
Car un algorithme n’est jamais neutre. Il traduit une certaine vision du monde, avec ses priorités, ses critères et ses angles morts.
Et si nous pouvions calculer autrement ? Plutôt que de reproduire les inégalités existantes, ces systèmes pourraient intégrer des principes d’équité, de justice et de solidarité. Encore faudrait-il pouvoir comprendre leur fonctionnement, débattre de leurs règles et peser sur leur conception.
C’est précisément ce que démontre l’action de l’association Changer de Cap. Grâce à un travail d’enquête, de documentation et de mobilisation, elle a contribué à obtenir davantage de transparence sur les algorithmes utilisés par la CAF et à faire évoluer certaines pratiques.
Une preuve que la technique n’est pas une fatalité et que les règles du jeu peuvent être contestées, discutées et transformées.
Face à des systèmes numériques toujours plus présents dans nos vies, le véritable enjeu n’est donc pas seulement technologique. Il est profondément démocratique.
Le contre-récit proposé par Hubert Guillaud est celui d’une démocratie qui ne s’arrête pas aux portes du numérique. Une démocratie capable de questionner les algorithmes, de reprendre la main sur leurs règles et de remettre la technique au service du collectif.